Marché
Les défaillances de la construction baissent pendant que l'économie monte
14 368 défaillances dans la construction sur les douze mois arrêtés à fin mai 2026, en recul de 3,2 % quand l'ensemble de l'économie progresse de 4,4 %. Le décrochage vient de la promotion immobilière et des travaux publics, pas de l'entreprise de bâtiment.
Publié le 16 août 2026 13 min de lecture
70 077 défaillances d’entreprises en France sur les douze mois arrêtés à fin mai 2026, tous secteurs confondus. La série progresse de 4,4 % sur un an. Dans le même relevé, la construction en compte 14 368 contre 14 840 douze mois plus tôt, soit un recul de 3,2 %.
Le Stat Info sectoriel de la Banque de France, publié le 3 juillet 2026 à partir de la base Fiben, pousse la comparaison plus loin. Rapportée à sa moyenne des années 2010 à 2019, la construction affiche 2,2 % de défaillances en moins. L’ensemble de l’économie en affiche 18,1 % de plus.
Aucun autre secteur n’est repassé sous son niveau d’avant-Covid
La moyenne 2010-2019 sert de repère commun à toutes les lignes du tableau : elle décrit une décennie sans crise sanitaire, sans prêts garantis par l’État et sans rattrapage judiciaire. Onze secteurs y sont comparés. Un seul est passé dessous.
| Secteur, cumul 12 mois à fin mai 2026 | Défaillances | Sur un an | Écart à la moyenne 2010-2019 |
|---|---|---|---|
| Construction | 14 368 | −3,2 % | −2,2 % |
| Industrie | 4 443 | +3,6 % | 0,0 % |
| Commerce, réparation automobile | 13 940 | +1,2 % | +6,6 % |
| Hébergement et restauration | 9 553 | +6,9 % | +29,5 % |
| Agriculture, sylviculture et pêche | 1 792 | +19,6 % | +31,9 % |
| Activités immobilières | 2 620 | +5,6 % | +32,1 % |
| Enseignement, santé, services aux ménages | 7 168 | +15,8 % | +35,0 % |
| Conseils et services aux entreprises | 8 974 | +9,5 % | +40,7 % |
| Information et communication | 2 127 | +1,8 % | +43,7 % |
| Activités financières et d’assurance | 1 695 | +3,4 % | +47,4 % |
| Transports et entreposage | 3 227 | +4,0 % | +69,7 % |
| Ensemble | 70 077 | +4,4 % | +18,1 % |
L’industrie revient exactement à son étiage de la décennie, à un dixième près. Le transport routier en est à soixante-dix pour cent au-dessus. Entre les deux, la construction est le seul secteur dont le compteur descend sous une référence que personne ne soupçonne d’indulgence.
D’un mois sur l’autre, le mouvement s’accélère : à fin avril, la construction reculait de 1,9 % sur un an et se tenait 0,6 % sous sa moyenne décennale ; à fin mai, de 3,2 % et 2,2 %. La Banque de France attribue d’ailleurs à la construction et au transport l’essentiel de la légère décrue du total national enregistrée entre ces deux relevés.
« La crise du logement fait tomber le bâtiment. »
Les deux phénomènes existent, ils ne se rejoignent pas dans les chiffres. Les autorisations de logements se sont contractées, et le nombre de dépôts de bilan d'entreprises de construction recule sur un an, au point de repasser sous son niveau moyen d'avant 2020. Le raccourci tient à un mot : la nomenclature range sous « construction » des activités qui n'ont jamais tenu une truelle.
« Construction » désigne trois divisions, dont une qui ne construit pas
Dans la nomenclature d’activités française, la section F « Construction » réunit trois divisions et pas une de plus :
- 41, construction de bâtiments, qui contient la construction proprement dite (41.2, dont les maisons individuelles) et la promotion immobilière (41.1, y compris les sociétés supports de programmes) ;
- 42, génie civil, c’est-à-dire les travaux publics : routes, ouvrages d’art, réseaux, terrassement ;
- 43, travaux de construction spécialisés, le second œuvre au sens large, de l’électricien au plaquiste.
Un promoteur figure donc dans la ligne « construction » de la Banque de France au même titre qu’une entreprise de maçonnerie de huit salariés. En sort, à l’inverse, l’exploitant qui bâtit pour louer : l’INSEE le classe d’après l’activité qu’il exerce dans le bâtiment, pas d’après le chantier. Les agences immobilières, les marchands de biens et les administrateurs de biens relèvent d’une tout autre section, la L, celle des activités immobilières, qui progresse de 5,6 % et campe 32,1 % au-dessus de sa moyenne décennale.
Conséquence arithmétique directe, et c’est là que le raccourci se défait : les 14 368 défaillances de la construction incluent déjà les promoteurs et les entreprises de travaux publics. Si ces deux segments se dégradent alors que l’agrégat recule de 3,2 %, le bâtiment stricto sensu recule davantage.
Sans l’immobilier, la baisse passe de 0,8 % à 7,1 %
Le détail par métier vient d’un autre producteur. L’étude trimestrielle d’Altares, publiée le 16 juillet 2026, dépouille les jugements du deuxième trimestre et descend jusqu’à l’activité élémentaire. Elle affiche 4 148 défaillances dans la construction, en repli de 0,8 % sur un an, et ce nombre a beaucoup circulé tel quel. Trois mois plus tôt, la même ligne montait encore de 1,7 %, à 4 580 procédures : le retournement date du printemps.
Il ne recouvre pas le même périmètre que celui de la Banque de France. La somme le montre :
| Altares, T2 2026 | T2 2025 | T2 2026 | Évolution | Liquidation directe |
|---|---|---|---|---|
| Gros œuvre | 1 203 | 1 054 | −12,4 % | 69,6 % |
| Second œuvre | 2 033 | 1 922 | −5,5 % | 68,3 % |
| Travaux publics | 181 | 197 | +8,8 % | 60,4 % |
| Promotion immobilière | 147 | 276 | +87,8 % | 88,0 % |
| Agences immobilières | 206 | 196 | −4,9 % | 65,8 % |
| Autres activités immobilières | 413 | 503 | +21,8 % | 52,9 % |
| Total « construction » | 4 183 | 4 148 | −0,8 % | 67,6 % |
Les six lignes s’additionnent exactement au total : le bloc immobilier entier, agences comprises, est compté dans la construction. Trois calculs en découlent. Tous sortent du même tableau.
−8,0 %
Le bâtiment seul, gros œuvre et second œuvre réunis : 2 976 défaillances au deuxième trimestre 2026, contre 3 236 un an plus tôt.
En ajoutant les travaux publics, on obtient le BTP au sens où l’entend un professionnel : 3 173 procédures contre 3 417, soit −7,1 %. Le bloc immobilier, lui, passe de 766 à 975 défaillances, une hausse de 27,3 %. Il pèse désormais 23,5 % de tout ce qui est rangé sous « construction », contre 18,3 % un an plus tôt.
Le −0,8 % qui a fait les titres n’est donc pas un chiffre du bâtiment. C’est le résultat d’une soustraction entre un chantier qui va mieux et un immobilier qui va nettement moins bien, présentés dans la même case.
La même ambiguïté déforme une formule qu’on entend partout : la construction concentrerait « une défaillance française sur quatre ». Vérification faite, 4 148 sur 17 486 donnent bien 23,7 %. Mais sur le périmètre de la Banque de France, où l’immobilier de gestion est logé ailleurs, le rapport tombe à 14 368 sur 70 077, soit une défaillance sur cinq. Le même secteur pèse un quart ou un cinquième de la sinistralité française : tout tient à la case dans laquelle on range les agences.
Sur 276 défaillances de promoteurs, 243 partent directement en liquidation
Le taux de liquidation judiciaire directe de la promotion immobilière atteint 88 %, contre 66,3 % pour l’ensemble de l’économie. Aucune activité du tableau n’en est proche. Trente-deux dossiers seulement, sur 276, ont donné lieu à un redressement judiciaire, autrement dit à une tentative de poursuivre l’exploitation ; un seul à une sauvegarde.
Ce profil ne décrit pas des entreprises en difficulté. Il décrit des véhicules juridiques qu’on ferme. Altares relève une envolée de 180 % des défauts de supports juridiques de programmes immobiliers, dont plus de la moitié sont des sociétés civiles de construction vente détenues par un seul groupe. Une SCCV porte une opération, une seule, et n’emploie personne : sa liquidation ne met aucun compagnon dehors et ne libère aucun carnet de commandes.
L’effet se lit dans la statistique d’emploi. Tous secteurs confondus, le nombre de salariés concernés par une ouverture de procédure recule de 9,5 % sur un an, à 58 830 au deuxième trimestre contre 65 000 un an plus tôt. Le compteur des procédures monte pendant que celui des emplois descend, parce que ce qui tombe est plus petit et plus jeune qu’avant.
Les travaux publics montent, sur des volumes qui autorisent peu de conclusions
197 procédures ouvertes dans les travaux publics au deuxième trimestre 2026, contre 181 : la hausse de 8,8 % repose sur seize jugements de plus en trois mois. Le terrassement porte l’essentiel du mouvement, avec 18 % de défaillances supplémentaires.
Une ligne de cette taille se retourne vite. Dans les deux sens. Les travaux publics représentent 4,7 % des défaillances comptées sous « construction » et 1,1 % du total national : dix jugements de plus ou de moins y déplacent le glissement annuel de cinq points et demi. La conjoncture des travaux publics se lit dans les carnets de commandes et les mises en chantier, pas dans un trimestre de procédures collectives.
À 60,4 %, le taux de liquidation directe du secteur est en revanche le plus bas de tout le tableau de la construction. Une entreprise de travaux publics qui dépose son bilan obtient plus souvent qu’une autre un redressement plutôt qu’une liquidation immédiate, ce qui renvoie à sa taille moyenne et à la présence d’actifs matériels cessibles.
D’un métier à l’autre, l’écart atteint soixante-dix-sept points
C’est le vrai enseignement du trimestre pour un dirigeant. Les moyennes sectorielles l’effacent.
| Activité | Évolution des défaillances, T2 2026 sur un an |
|---|---|
| Charpente | +57 % |
| Terrassement | +18 % |
| Plâtrerie | +13 % |
| Maisons individuelles | −11 % |
| Maçonnerie | −12 % |
| Travaux électriques | −15 % |
| Équipements thermiques et climatiques | −20 % |
Soixante-dix-sept points séparent le charpentier de l’installateur en génie climatique. Les deux appartiennent au même agrégat, celui qui affiche −0,8 %.
Deux lignes voisines méritent d’être suivies par les entreprises de bâtiment, parce qu’elles touchent leurs fournisseurs. Chez les négociants de matériaux de construction, les défaillances chutent de 21,6 %, à 76 procédures. En amont, la fabrication de bois et de matériaux de construction bondit de 55 %, à 62 procédures, avec des tensions marquées dans le sciage, la charpente et la menuiserie industrielle. Un même produit va donc mieux au comptoir que sur sa ligne de production.
La taille et l’ancienneté déplacent la ligne à lire
La ventilation par effectif d’Altares porte sur toute l’économie, pas sur la seule construction. Elle reste le meilleur repère disponible pour situer une entreprise dans le mouvement d’ensemble.
| Effectif | T2 2025 | T2 2026 | Évolution | Liquidation directe |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 3 salariés | 12 173 | 13 185 | +8,3 % | 70,6 % |
| 3 à 5 | 2 123 | 2 068 | −2,6 % | 62,3 % |
| 6 à 9 | 951 | 958 | +0,7 % | 53,3 % |
| 10 à 19 | 822 | 743 | −9,6 % | 47,2 % |
| 20 à 49 | 383 | 394 | +2,9 % | 28,7 % |
| 50 à 99 | 76 | 82 | +7,9 % | 15,9 % |
| 100 et plus | 58 | 56 | −3,4 % | 5,4 % |
L’ancienneté joue dans le même sens : les entreprises de moins de trois ans concentrent la plus forte hausse, +12,7 %, et 77,2 % d’entre elles sont liquidées sans redressement. Passé seize ans d’existence, la progression tombe à 5,6 % et le taux de liquidation directe à 56,6 %.
Prenons une entreprise de maçonnerie de six salariés qui lit, en juillet, que les défaillances de la construction se stabilisent à −0,8 %. Trois lignes la concernent réellement. Aucune ne dit cela. Son activité, le gros œuvre, recule de 12,4 %, et la maçonnerie de 12 %. Sa tranche d’effectif, six à neuf salariés, bouge à peine, +0,7 %. Sa probabilité de passer directement en liquidation si elle dépose, 53,3 %, est de dix-sept points inférieure à celle d’un artisan seul. La moyenne sectorielle qu’elle a lue mélange sa situation avec celle de SCCV parisiennes.
Une défaillance n’est pas une disparition, et la conciliation ne s’y voit pas
Les deux séries comptent la même chose : l’ouverture d’une procédure collective par un tribunal, sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire. Rien d’autre.
« L'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire doit être demandée par le débiteur au plus tard dans les quarante-cinq jours qui suivent la cessation des paiements s'il n'a pas, dans ce délai, demandé l'ouverture d'une procédure de conciliation. »
Ce délai de quarante-cinq jours commande la statistique autant que la conjoncture. Le dirigeant qui saisit le président du tribunal avant l’échéance et obtient une conciliation, ou un mandat ad hoc, sort du champ : ces deux procédures sont confidentielles, et aucune des deux ne produit de jugement d’ouverture. Une entreprise sauvée par une conciliation n’apparaît nulle part, une entreprise qui échoue trois mois plus tard apparaît en liquidation.
La sauvegarde, elle, se compte, et elle s’efface. 349 ouvertures au deuxième trimestre 2026, soit 2,0 % des jugements, contre plus de 3 % en 2023. La procédure préventive par excellence, celle qui suppose qu’on n’est pas encore en cessation des paiements, est désormais marginale : deux tiers des défaillances françaises sont des liquidations prononcées d’emblée, et la proportion monte à 67,6 % dans la construction.
Échappe enfin au compteur tout ce qui se ferme proprement : l’artisan qui solde ses chantiers, paie ses fournisseurs et se radie ne produit aucune défaillance, bien qu’il quitte le métier aussi sûrement qu’un liquidé. Ce mode de sortie reste, de très loin, le premier du bâtiment, puisque la plupart des entreprises artisanales ne se transmettent pas, elles s’arrêtent.
Reste le dénominateur, que presque aucune reprise ne mentionne. Toutes activités confondues, plus de 1,2 million d’entreprises ont été créées en France sur les douze mois arrêtés à fin mai 2026, un flux en hausse de 10,0 % par rapport aux douze mois précédents. La Banque de France retient cette expansion parmi les explications du niveau élevé de ses compteurs : une population d’entreprises qui grossit produit mécaniquement plus de jugements, sans qu’aucune entreprise existante n’ait à se porter plus mal. Les 70 077 défaillances nationales et leur hausse de 4,4 % se lisent donc sur un socle qui s’élargit vite, ce que le nombre brut n’indique pas.
Ce qui décidera de la suite
Altares situe entre 34 000 et 35 000 le nombre de procédures attendues au second semestre 2026, sur une hypothèse de croissance de 0,7 %. Thierry Millon, son directeur des études, écarte au passage deux explications que le secteur invoque encore : les prêts garantis par l’État sont pratiquement soldés, et les assignations de l’Urssaf ont rarement aussi peu pesé dans les ouvertures de procédures. Ce qui casse les entreprises en 2026 tient à une demande atone, à un investissement sélectif et à des charges d’exploitation qui n’ont pas reflué.
Pour une entreprise de bâtiment, l’indicateur utile n’est donc plus le niveau national. C’est l’écart entre deux lignes qui ne bougent plus ensemble : le nombre de dépôts de bilan, qui recule, et la difficulté à pourvoir un poste, qui n’a pas cédé d’un point. Moins de concurrents tombent. Il reste aussi difficile de trouver un charpentier. La sortie de crise du bâtiment, si c’en est une, se paiera en salaires avant de se lire en carnets.
Sources
- Banque de France, Stat Info « Les défaillances d'entreprises – France, mai 2026 », publié le 3 juillet 2026, base Fiben, données disponibles fin juin 2026.
- Altares, « Défaillances et sauvegardes d'entreprises en France, 2e trimestre 2026 », publié le 16 juillet 2026, données arrêtées au 1er juillet.
- INSEE, nomenclature d'activités française, section F « Construction ».
- Article L. 631-4 du code de commerce, Légifrance.