Deux entreprises de gros œuvre, même région, même convention, même compagnon payé 15,00 € brut de l’heure. La première ressort un prix de revient de main d’œuvre à 42,53 € l’heure, la seconde à 51,77 €. Neuf euros d’écart, soit près de 2 800 € sur un chantier de 300 heures, alors que les deux paient exactement le même salaire et supportent les mêmes cotisations.
Ce qui les sépare tient au dénominateur. L’une facture 1 400 heures dans l’année, l’autre 1 150. Le calcul du prix de revient horaire est une division, et l’attention se porte presque toujours sur le numérateur : le salaire, les charges, la mutuelle, les paniers. Le diviseur, lui, est posé à la louche, souvent à 1 600 heures parce que c’est le chiffre légal, parfois à 1 750 parce que « 35 heures fois 50 semaines ». Une erreur de 20 % sur ce nombre déplace le prix de revient de 20 %, et aucune négociation d’achat ne rattrape ça.
Les hypothèses du calcul qui suit
Tout ce qui suit est chiffré sur un cas unique, déroulé jusqu’au prix de vente. Les hypothèses sont posées ici pour que le calcul se refasse avec d’autres nombres.
- entreprise de maçonnerie et gros œuvre, six salariés dont cinq compagnons productifs, siège en Île-de-France ;
- un compagnon payé 15,00 € brut de l’heure, soit 1,22 fois le SMIC porté à 12,31 € par l’arrêté du 22 mai 2026, en vigueur depuis le 1ᵉʳ juin ;
- horaire de 35 heures sur cinq jours, donc 7 heures par jour ;
- exercice calé sur l’année civile 2026 ;
- frais généraux annuels de 96 000 €, achats de fournitures de 200 000 € dans l’année.
Le taux horaire de 15,00 € est une hypothèse de travail, pas un minimum conventionnel : les minima des ouvriers du bâtiment sont régionaux et se lisent dans l’accord de la région concernée.
Le salaire brut versé n’est pas le salaire annuel du poste
Première particularité du bâtiment, et elle fausse tous les calculs importés d’autres secteurs : l’entreprise ne paie pas les congés de ses ouvriers. C’est la caisse de congés payés qui verse l’indemnité, financée par une cotisation assise sur les salaires bruts.
Conséquence directe : la masse salariale versée par l’entreprise ne couvre que les jours effectivement travaillés et les jours fériés chômés. Le décompte 2026 :
| Poste | Jours |
|---|---|
| Jours de l’année | 365 |
| Samedis et dimanches | −104 |
| Jours ouvrés | 261 |
| Jours fériés tombant un jour ouvré | −9 |
| Congés payés (30 jours ouvrables) | −25 |
| Jours travaillés | 227 |
Neuf jours fériés seulement en 2026. L’Assomption tombe un samedi, la Toussaint un dimanche, et les deux sont perdus. Une année où ces deux dates tombent en semaine ajoute quatorze heures payées et non produites.
L’entreprise paie donc 227 jours travaillés plus 9 jours fériés chômés, soit 236 jours, soit 1 652 heures. À 15,00 € l’heure : 24 780 € de salaire brut annuel.
Les cotisations que la moyenne nationale ne voit pas
Les taux de charges patronales qui circulent (« 42 % du brut », « 45 % », « le double du net ») sont construits sur l’économie générale. Le bâtiment y ajoute trois lignes que personne d’autre ne paie, et une quatrième dont le niveau n’a pas d’équivalent.
La cotisation congés payés. Elle est appelée par la caisse régionale et son taux varie d’une caisse à l’autre. La page des taux d’avril 2026 de la CIBTP Île-de-France affiche 20,20 % des salaires bruts depuis le 1ᵉʳ avril 2026, contre 19,70 % jusqu’au 31 mars ; la CIBTP Grand Est appelle 20,35 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Cette cotisation finance l’indemnité de congé, la prime de vacances, les jours d’ancienneté et de fractionnement, ainsi que les charges sociales qui s’y attachent. Sur 24 780 € de brut, en Île-de-France : 5 006 €.
L’OPPBTP. 0,11 % des salaires bruts affectés d’un coefficient de 1,1314, soit 31 € sur l’année. Marginal, mais il figure sur l’appel de cotisation.
Le chômage-intempéries. 0,68 % pour le gros œuvre et les travaux publics, 0,13 % pour le second œuvre, sur la base de sécurité sociale plafonnée. La cotisation n’est appelée qu’au-delà d’un abattement annuel de 96 168 € pour la 81ᵉ campagne, du 1ᵉʳ avril 2026 au 31 mars 2027. Une entreprise dont l’assiette plafonnée reste sous ce seuil ne verse rien : le régime intempéries ne coûte quasiment rien aux plus petites structures, et l’obligation d’indemniser les arrêts demeure malgré tout. Pour l’entreprise du cas, avec 150 000 € d’assiette plafonnée, la cotisation ressort à 366 € pour l’ensemble des salariés, soit environ 61 € par tête.
L’accident du travail. C’est là que l’écart se creuse entre métiers. Les taux collectifs 2026 sont fixés par l’arrêté du 30 décembre 2025 relatif à la tarification des risques d’accidents du travail et de maladies professionnelles, applicable aux entreprises de moins de vingt salariés.
| Code risque | Activité | Taux net 2026 |
|---|---|---|
| 45.2JD | Couverture, charpente bois, étanchéité | 8,73 % |
| 45.2BE | Autres travaux de gros œuvre, entreprise générale | 7,39 % |
| 45.4LE | Isolation, finitions, aménagements intérieurs | 6,16 % |
| 45.4CE | Menuiserie extérieure | 5,49 % |
| 45.2ED | Construction et entretien de réseaux | 4,73 % |
| 45.2CD | Ouvrages d’art, fondations spéciales, travaux souterrains | 4,36 % |
| 45.2PB | Construction et entretien de chaussées | 4,06 % |
| 45.3AF | Plomberie, génie climatique, électricité | 3,77 % |
Le taux moyen national, toutes activités confondues, s’établit à 2,08 %. Un couvreur paie donc plus de quatre fois ce taux moyen, et près de cinq points de plus qu’un plombier. Sur notre compagnon, l’écart entre le code 45.2BE et le code 45.3AF représente 897 € par an, soit 0,64 € sur chaque heure facturable. Ce seul poste suffit à interdire toute comparaison de prix de revient entre corps d’état. C’est aussi le seul de la liste sur lequel l’entreprise garde une prise, puisque le taux collectif bascule vers un taux individuel ou mixte au-delà de certains effectifs.
La réduction générale a changé de forme, et son SMIC est gelé
Les allègements de cotisations patronales ont fusionné au 1ᵉʳ janvier 2026 dans une réduction générale dégressive unique. Trois paramètres commandent le résultat.
Le point de sortie est passé à 3 SMIC. Sous ce seuil, plus aucun salarié du bâtiment n’échappe à la réduction, encadrement compris.
Le coefficient décroît beaucoup plus vite qu’une droite. Il se calcule par la formule Tmin + Tdelta × [0,5 × (3 × SMIC annuel ÷ rémunération annuelle − 1)]^P, avec Tmin à 0,0200, Tdelta à 0,3781 et un exposant P fixé à 1,75. Cet exposant est ce qui fait que la réduction s’effondre bien avant d’atteindre le point de sortie.
Le SMIC de la formule n’est pas celui du bulletin de paie. Le décret n° 2026-509 du 12 juin 2026 fige pour toute l’année 2026 la valeur retenue au niveau du 1ᵉʳ janvier, soit 12,02 € de l’heure, 1 823,03 € par mois et 21 876,64 € sur l’année. La hausse du 1ᵉʳ juin ne s’y répercute pas, sauf tolérance pour les contrats s’achevant entre le 1ᵉʳ et le 30 juin 2026. Deux valeurs de SMIC coexistent donc en paie cette année : 12,31 € versés au salarié, 12,02 € au dénominateur de la réduction. Le point de sortie s’apprécie sur la seconde, soit 36,06 € de l’heure et 5 469,09 € bruts mensuels.
Rapporté à ce SMIC de référence, le compagnon du cas se situe à 1,2479 et son coefficient ressort à 22,36 % du brut. Un chef d’équipe payé 21,00 € de l’heure est à 1,7471, et son coefficient tombe à 8,28 %.
Sur le compagnon du cas, le total ressort à 38,6 % en comptant tout. Le chiffre tombe à peu près juste, et sa composition est fausse : les cotisations de droit commun ne pèsent plus que 10,6 % du brut une fois la réduction générale déduite, et ce sont l'accident du travail (7,39 %) et la cotisation congés payés (20,20 %) qui portent le reste. Sur un chef d'équipe à 21,00 € de l'heure, où la réduction est presque éteinte, le total atteint 52,4 %, et le même 42 % sous-évalue alors le coût de dix points. Appliqué à un plombier, dont le taux accident du travail est deux fois plus bas, il le surévalue.
Le mouvement se lit mieux à l’envers. Passer du compagnon à 15,00 € au chef d’équipe à 21,00 € multiplie le brut par 1,40 et la facture de cotisations par 1,91. La réduction s’éteint en chemin. Un chiffrage qui applique un taux de charges unique à toute l’équipe se trompe dans les deux directions à la fois.
Le coût annuel complet du poste
Les cotisations de droit commun retenues ici, avant réduction, additionnent maladie (7,00 %), vieillesse plafonnée (8,55 %) et déplafonnée (2,02 %), allocations familiales (3,45 %), contribution solidarité autonomie (0,30 %), FNAL (0,10 % en dessous de cinquante salariés), assurance chômage (4,05 %), AGS (0,25 % maintenu au 1ᵉʳ janvier 2026), retraite complémentaire Agirc-Arrco tranche 1 (4,72 %) et contribution d’équilibre général (1,29 %), apprentissage (0,68 %) et formation professionnelle (0,55 % en dessous de onze salariés). Total : 32,96 %.
| Poste | Base | Montant annuel |
|---|---|---|
| Salaire brut versé | 1 652 h × 15,00 € | 24 780 € |
| Cotisations de droit commun avant réduction | 32,96 % | 8 167 € |
| Réduction générale dégressive unique | −22,36 % | −5 540 € |
| Accident du travail, code 45.2BE | 7,39 % | 1 831 € |
| Cotisation congés payés CIBTP Île-de-France | 20,20 % | 5 006 € |
| OPPBTP | 0,11 % × 1,1314 | 31 € |
| Chômage-intempéries, quote-part | après abattement | 61 € |
| Prévoyance et mutuelle, part employeur | hypothèse | 900 € |
| Indemnités de petit déplacement | hypothèse, 218 jours | 3 900 € |
| EPI, outillage individuel, formations obligatoires, suivi médical | hypothèse | 1 200 € |
| Coût annuel du poste | 40 336 € |
Les trois dernières lignes sont des hypothèses assumées. Elles se remplacent par les montants du grand livre. Les indemnités de petit déplacement en particulier ne se devinent pas : elles combinent un panier, une indemnité de trajet et une indemnité de transport, dont les montants sont négociés région par région et zone par zone, de 0 à plus de 60 kilomètres. La FFB met à disposition un outil de calcul des petits déplacements par zone. Côté exonération, l’Urssaf plafonne l’indemnité de repas prise sur chantier à 10,40 € en 2026 : au-delà, l’excédent est réintégré dans le brut, et il coûte alors des cotisations.
Ces indemnités pèsent près de 10 % du coût du poste. Une entreprise de secteur diffus, qui envoie ses équipes en zone 4 tous les jours, paie sur ce seul poste plusieurs milliers d’euros de plus qu’une entreprise à chantiers longs située à côté de son dépôt. Elle facture aussi moins d’heures. La pénalité double.
Le dénominateur : ce qui se facture réellement
Sur les 1 652 heures payées, une partie ne peut jamais être vendue. Ce décompte se fait dans cet ordre. Il part de la paie, pas d’un ratio.
| Étape | Entreprise A | Entreprise B |
|---|---|---|
| Heures payées | 1 652 | 1 652 |
| Jours fériés chômés | −63 | −63 |
| Maladie, accident, absences | −30 | −55 |
| Arrêts intempéries | −14 | −21 |
| Formation, visite médicale, quart d’heure sécurité | −21 | −21 |
| Trajets non facturés, chargement, dépôt, entretien du matériel | −98 | −280 |
| Nettoyage de fin de chantier, reprises, service après-vente | −26 | −62 |
| Heures facturables | 1 400 | 1 150 |
Les deux entreprises font le même métier avec le même effectif. L’entreprise A enchaîne des chantiers de plusieurs semaines dans un rayon court. L’entreprise B travaille en diffus, sur des chantiers de deux à cinq jours dispersés, avec du dépannage : ses compagnons passent 1 h 19 par jour de chantier en trajet, chargement et déchargement, contre 27 minutes chez A.
Aucune de ces heures n’est du temps perdu. Elles sont indispensables, elles se paient, et elles ne se vendent pas. C’est précisément ce qui les rend structurantes : le décompte des heures facturables est la seule variable du calcul que l’organisation de l’entreprise déplace vraiment.
La division
| Entreprise A | Entreprise B | |
|---|---|---|
| Coût annuel du poste | 40 336 € | 40 336 € |
| Heures facturables | 1 400 | 1 150 |
| Coût horaire de main d’œuvre | 28,81 € | 35,08 € |
6,26 € d’écart à l’heure, soit 21,7 %, entre deux entreprises dont les bulletins de paie sont identiques. Rapporté aux 7 000 heures que les cinq compagnons de A facturent dans l’année, l’écart pèse 43 800 €.
Un compagnon qui découvre ce chiffre y trouve aussi sa réponse : entre son taux horaire brut de 15,00 € et le coût horaire de 28,81 €, le facteur est de 1,92, et il ne contient encore ni frais généraux, ni bénéfice. Le sujet est repris ailleurs, du point de vue du salarié.
Les frais généraux : à l’heure, sur les achats, ou les deux
Le coût horaire de main d’œuvre ne paie ni le dépôt, ni la comptabilité, ni la décennale, ni le temps que le dirigeant passe en métré. Ces charges se répartissent, et la méthode retenue change le prix de vente chantier par chantier.
La répartition à l’heure productive est la plus répandue. Frais généraux annuels divisés par le nombre total d’heures facturables :
- entreprise A : 96 000 € ÷ (5 × 1 400) = 13,71 € par heure ;
- entreprise B : 96 000 € ÷ (5 × 1 150) = 16,70 € par heure.
Le dénominateur frappe une seconde fois. Additionné au coût de main d’œuvre, il porte le prix de revient horaire à 42,53 € pour A et 51,77 € pour B.
Le tout-à-l’heure a un angle mort : il n’impute aucun frais général aux chantiers à forte part de fourniture. Un chantier de 100 heures avec 40 000 € de matériel supporte 1 371 € de frais généraux chez A, alors qu’il a mobilisé des achats, du stockage, de la manutention, de la trésorerie et une garantie sur les produits posés.
La répartition mixte corrige ce biais. Les frais généraux se scindent en deux : ceux qui suivent la main d’œuvre et ceux qui suivent les achats. En affectant 80 000 € aux heures et 16 000 € aux achats, sur 200 000 € d’achats annuels :
- frais généraux à l’heure : 80 000 € ÷ 7 000 = 11,43 € ;
- frais généraux sur achats : 16 000 € ÷ 200 000 € = 8 % du montant des fournitures.
| Chantier | Méthode tout-à-l’heure | Méthode mixte | Écart |
|---|---|---|---|
| 300 h, 9 000 € de fournitures | 4 114 € | 4 149 € | +35 € |
| 100 h, 40 000 € de fournitures | 1 371 € | 4 343 € | +2 972 € |
Sur un chantier à dominante main d’œuvre, les deux méthodes donnent le même résultat à 1 % près. Sur un chantier à dominante fourniture, l’écart atteint près de 3 000 €, et il part directement du résultat. C’est la même mécanique qui explique pourquoi le coefficient appliqué aux fournitures ne peut pas être le même en électricité, où le matériel pèse lourd, et en maçonnerie, où la main d’œuvre domine.
Du déboursé sec au prix de vente
Trois niveaux, dans cet ordre, sur un chantier type de l’entreprise A : 300 heures de main d’œuvre, 9 000 € de fournitures, 800 € de location de matériel.
Prix de revient = déboursé sec + quote-part de frais généraux. Ici : 18 444 + 4 114 = 22 558 €.
Prix de vente HT = prix de revient + bénéfice. Le bénéfice n'est pas un reste : il est décidé avant.
Le déboursé sec ne contient que ce qui disparaît avec le chantier. Il ne contient jamais de frais généraux, jamais de bénéfice, et il ne sert pas à négocier : une remise consentie sur le déboursé sec sort de la poche du dirigeant, ligne pour ligne.
La quote-part de frais généraux, elle, se calcule sur les heures et les achats du chantier, pas sur son montant. Un chantier long à faible technicité en absorbe beaucoup ; un chantier court à fort matériel en absorbe peu, sauf répartition mixte.
Ce même chantier, réalisé par l’entreprise B avec ses 1 150 heures facturables, revient à 25 331 €. À bénéfice égal, son devis sort 2 773 € plus haut. Dans un appel d’offres restreint, l’affaire est jouée avant que le métré ne commence.
Marge ou marque, et pourquoi l’écart se paie
Le passage du prix de revient au prix de vente se fait par un pourcentage, et deux pourcentages différents portent des noms voisins.
- Le taux de marge divise le bénéfice par le prix de revient. Un coefficient 1,10 appliqué au prix de revient donne 10 % de marge.
- Le taux de marque divise le bénéfice par le prix de vente. C’est celui que lit le compte de résultat, celui que compare le banquier, et celui que la plupart des dirigeants ont en tête quand ils disent « je fais 10 % ».
| Coefficient appliqué au prix de revient | Taux de marge | Taux de marque |
|---|---|---|
| 1,10 | 10 % | 9,1 % |
| 1,15 | 15 % | 13,0 % |
| 1,20 | 20 % | 16,7 % |
| 1,25 | 25 % | 20,0 % |
| 1,30 | 30 % | 23,1 % |
| 1,40 | 40 % | 28,6 % |
| 1,50 | 50 % | 33,3 % |
Sur le chantier de l’entreprise A, prix de revient 22 558 € :
- coefficient 1,10 : prix de vente 24 814 €, bénéfice 2 256 €, soit 9,09 % du prix de vente ;
- pour obtenir réellement 10 % du prix de vente, il faut diviser par 0,90 : prix de vente 25 064 €, bénéfice 2 506 €.
251 € de différence sur un seul chantier. Multipliés par les vingt à trente affaires d’un exercice, l’écart approche un point de résultat, sans qu’aucune erreur de chiffrage n’ait été commise nulle part. La formule de conversion tient en une ligne : taux de marque = taux de marge ÷ (1 + taux de marge), et le coefficient à appliquer pour viser une marque donnée vaut 1 ÷ (1 − taux de marque). Le sujet est traité en détail dans la confusion entre marge et marque.
Ce qui déplace le calcul d’une entreprise à l’autre
Le corps d’état. Accident du travail de 3,77 % à 8,73 %, chômage-intempéries de 0,13 % à 0,68 %, et une part de fourniture sans commune mesure entre un peintre et un électricien. Trois entrées du calcul changent en même temps. Aucun taux horaire moyen de la profession ne survit à ça.
La région. D’une caisse à l’autre, le taux de cotisation congés payés diffère : 20,20 % en Île-de-France depuis le 1ᵉʳ avril 2026 contre 20,35 % en Grand Est depuis le 1ᵉʳ janvier. Les barèmes de petits déplacements sont négociés régionalement, et les minima conventionnels aussi.
L’effectif. Sous 96 168 € d’assiette plafonnée, aucune cotisation intempéries n’est appelée. Sous onze salariés, la contribution formation reste à 0,55 %. Sous cinquante, le FNAL est à 0,10 % au lieu de 0,50 %, et l’entreprise relève du taux collectif d’accident du travail sous vingt salariés. Chaque franchissement de seuil renchérit l’heure sans qu’aucun salaire n’ait bougé.
Le niveau de salaire. La réduction générale passe de 22,36 % du brut à 15,00 € de l’heure à 8,28 % à 21,00 €, et s’annule à 36,06 €. Une heure d’encadrement progresse donc en coût plus vite qu’en salaire, et un chiffrage d’équipe qui mélange compagnons et maîtrise sous un taux de charges unique se trompe des deux côtés.
L’horaire pratiqué. À 39 heures hebdomadaires, les quatre heures au-delà de 35 sont majorées d’au moins 25 %. L’heure moyenne passe de 15,00 € à 15,38 € de brut, soit 2,6 % sur tout le numérateur, et les heures supplémentaires entrent dans l’assiette de toutes les cotisations, y compris celle des congés payés.
Le statut. L’artisan seul n’a ni cotisation CIBTP ni accident du travail au sens de la tarification collective, mais son dénominateur est plus bas que celui d’un compagnon : devis, achats, relances, comptabilité et chantiers se partagent la même semaine. Le calcul reste le même, avec un revenu à couvrir et des cotisations de travailleur non salarié à la place du brut chargé. Les limites du régime sont examinées côté micro-entreprise.
Le recours à l’intérim. Le tarif facturé par l’agence n’est pas comparable à un prix de revient horaire interne : il intègre déjà les congés, les indemnités de fin de mission et la marge de l’agence, mais il ne porte ni frais généraux ni encadrement. La comparaison ne devient honnête qu’au niveau du coût complet.
L’apprenti. Aides et exonérations font tomber son coût horaire sous celui d’un compagnon, mais ses heures facturables sont plus basses encore, et le temps d’encadrement qu’il consomme sort des heures d’un autre. Le coût réel de l’apprenti se lit sur les deux termes de la division.
Le calcul se refait sur des heures pointées, pas sur des heures prévues
La faiblesse de ce calcul n’est pas dans sa formule, elle est dans la source du dénominateur. Un nombre d’heures facturables estimé de mémoire en début d’exercice reproduit l’erreur qu’il devait corriger.
Les heures se relèvent après coup, sur l’exercice clos : total des heures payées par la paie, total des heures affectées à un chantier par les pointages, différence. Le rapport des deux donne le taux de productivité réel de l’entreprise, chantier par chantier et compagnon par compagnon. La comptabilité générale ne produit jamais ce chiffre. Le compte de résultat ne connaît que des euros.
Une fois ce ratio connu, il tient plusieurs années tant que l’organisation ne change pas, et il bouge violemment dès qu’elle change : un déménagement de dépôt, un basculement du gros chantier vers le diffus, une reprise de dépannage. Le prix de revient horaire se révise alors avant le carnet de commandes, pas après.
- CIBTP Île-de-France, taux des cotisations et paramètres, avril 2026 (congés payés, OPPBTP, intempéries, abattement)
- CIBTP Grand Est, cotisation congés payés au 1ᵉʳ janvier 2026
- Arrêté du 30 décembre 2025 relatif à la tarification des risques d'accidents du travail et de maladies professionnelles pour l'année 2026
- Arrêté du 22 mai 2026 relatif au relèvement du salaire minimum de croissance (SMIC horaire porté à 12,31 € au 1ᵉʳ juin 2026)
- Décret n° 2026-509 du 12 juin 2026 relatif aux modalités d'application de la réduction générale dégressive unique (SMIC de référence figé à sa valeur du 1ᵉʳ janvier 2026, fixée par le décret n° 2025-1228 du 17 décembre 2025)
- Urssaf, frais professionnels et limites d'exonération 2026
- FFB, calcul des indemnités de petits déplacements par zone