Chiffrage
Ce que coûte une heure à l'entreprise, expliqué au compagnon
Un compagnon payé 15,00 € brut de l'heure voit la même heure partir à près de 49 € HT sur le devis. Le décompte des 34 € d'écart, poste par poste, et pourquoi un euro d'augmentation en coûte deux à l'entreprise.
Publié le 19 septembre 2026 17 min de lecture
Le chiffre figure déjà sur le bulletin de paie, tout en bas, sous une ligne que presque personne ne lit : « montant total versé par l’employeur ». Le 14° de l’article R3243-1 du code du travail l’impose depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, et il additionne la rémunération brute et les cotisations patronales, allègements déduits.
Pour un compagnon de gros œuvre payé 15,00 € brut de l’heure en Île-de-France, cette ligne affiche environ 2 437 € quand le brut mensuel en affiche 2 065. Le poste, lui, coûte 3 361 € par mois à l’entreprise, et l’heure qu’il produit part sur le devis à 48,91 € HT. Trois montants pour un seul salarié. L’écart entre le premier et le dernier n’a rien d’un secret : il se décompose ligne par ligne.
Ces 15,00 € sont une hypothèse de travail, pas un minimum opposable : les minima des ouvriers du bâtiment sont négociés région par région et il n’existe aucune grille nationale. Les autres hypothèses du calcul sont celles du prix de revient horaire, reprises telles quelles pour que les deux pages se lisent ensemble : entreprise de maçonnerie de six salariés dont cinq compagnons productifs, siège en Île-de-France, 35 heures hebdomadaires, exercice 2026, 96 000 € de frais généraux annuels.
La ligne du bulletin s’arrête avant la caisse de congés payés
Ce que le 14° additionne se limite à ce qui transite par le bulletin. Sur les 2 065 € de brut mensuel : 681 € de cotisations de droit commun au taux de 32,96 %, moins 462 € de réduction générale dégressive, plus 153 € d’accident du travail au taux de 7,39 % du code risque 45.2BE. Total : 2 437 €.
Manque à l’appel tout ce qui s’appelle et se déclare ailleurs. La cotisation de la caisse de congés payés pèse à elle seule 417 € par mois, appelée sur une déclaration propre à la caisse régionale : la CIBTP Île-de-France applique 20,20 % des salaires bruts depuis le 1ᵉʳ avril 2026. Viennent par-dessus la cotisation OPPBTP, la quote-part de chômage-intempéries, la part patronale de prévoyance et de mutuelle, les indemnités de petit déplacement, les EPI, l’outillage individuel, les recyclages d’habilitation et la visite médicale.
L’écart n’est pas une anomalie de la loi : le 14° décrit ce que l’employeur verse au titre de ce bulletin-là, pas ce qu’un poste consomme dans l’année. Il reste le seul chiffre officiel opposable. Encore faut-il savoir où il s’arrête.
Sur 1 652 heures payées, l’entreprise en vend 1 400
La deuxième moitié de l’écart ne se joue pas sur les cotisations mais sur le compteur d’heures. Une entreprise du bâtiment paie 227 jours travaillés et 9 jours fériés chômés en 2026, soit 236 jours et 1 652 heures. Elle n’en facture pas autant, et de loin.
| Ce qui se paie et ne se vend pas | Heures |
|---|---|
| Jours fériés chômés | 63 |
| Maladie, accident du travail, absences | 30 |
| Arrêts intempéries | 14 |
| Formation, visite médicale, quart d’heure sécurité | 21 |
| Trajet dépôt-chantier, chargement, déchargement, entretien du matériel | 98 |
| Nettoyage de fin de chantier, reprises sous garantie, service après-vente | 26 |
| Total | 252 |
Aucune de ces heures n’est du temps volé à qui que ce soit. Le trajet depuis le dépôt est du travail effectif dès lors que le passage au siège relève d’une consigne, la visite médicale est obligatoire, le quart d’heure sécurité aussi, et les reprises pendant l’année qui suit la réception relèvent de la garantie de parfait achèvement. Elles sont payées, elles ne partent sur aucun devis, et le décompte de ce qui reste facturable descend à 1 400 heures.
Conséquence arithmétique : chaque heure vendue porte le coût de 1,18 heure payée. Un compagnon dont l’entreprise travaille en diffus, sur des chantiers de deux à cinq jours dispersés, descend à 1 150 heures facturables et chaque heure vendue en porte alors 1,44. Rien n’a bougé sur son bulletin de paie. Le taux facturé grimpe quand même.
Où passent les 48,91 € d’une heure facturée
Le poste coûte 40 336 € dans l’année. Divisé par 1 400 heures vendables, il ressort à 28,81 € l’heure de main d’œuvre. La quote-part de frais généraux ajoute 13,71 €, ce qui porte le prix de revient à 42,53 €. Un coefficient de 1,15 appliqué à ce prix de revient, hypothèse du calcul et non usage de la profession, donne 48,91 € HT sur le devis.
| Poste, par heure facturée | Montant | Part |
|---|---|---|
| Net avant impôt versé au compagnon | 14,01 € | 28,6 % |
| Indemnités de petit déplacement, exonérées | 2,79 € | 5,7 % |
| Cotisations salariales retenues sur le brut | 3,69 € | 7,5 % |
| Cotisations patronales de droit commun, réduction déduite | 1,88 € | 3,8 % |
| Accident du travail et maladies professionnelles | 1,31 € | 2,7 % |
| Cotisation congés payés CIBTP | 3,58 € | 7,3 % |
| Prévoyance et mutuelle, part employeur | 0,64 € | 1,3 % |
| OPPBTP et chômage-intempéries | 0,07 € | 0,1 % |
| EPI, outillage, formations obligatoires, visite médicale | 0,86 € | 1,8 % |
| Frais généraux | 13,71 € | 28,0 % |
| Bénéfice avant impôt sur les sociétés | 6,38 € | 13,0 % |
| Prix de vente HT | 48,91 € | 100 % |
Le compagnon reçoit 16,80 € de cette heure : 14,01 € nets avant prélèvement à la source et 2,79 € d’indemnités de petit déplacement, non soumises à cotisations tant qu’elles restent dans les limites d’exonération fixées par l’Urssaf. Trente-quatre pour cent du prix de vente.
Après le salaire, la ligne la plus lourde n’est ni une cotisation ni une marge : ce sont les 13,71 € de frais généraux, soit 28 % du devis. Ils financent le dépôt et son loyer, les camions et leur carburant, l’assurance décennale et la responsabilité civile, la comptabilité, le secrétariat, les logiciels, les impôts locaux, les devis non signés, et la rémunération du dirigeant lorsqu’il ne pointe pas sur affaire. Une entreprise de six salariés qui les chiffre à 96 000 € par an ne les invente pas : ils sortent du grand livre.
« Ils facturent mon heure trois fois mon taux horaire, ils empochent la différence. »
Le facteur trois est exact : 48,91 € facturés pour 15,00 € de brut, soit 3,26. Ce qui reste à l'entreprise sur cette heure s'établit à 6,38 € avant impôt sur les sociétés, soit 13 % du prix de vente. Le reste finance des dépenses identifiables, dont 16,80 € qui arrivent directement sur le compte du compagnon et 6,22 € de cotisations qui lui reviennent plus tard sous forme de retraite, d'indemnité de congé et de prestations de prévoyance.
Et ces 6,38 € sont un chiffre de devis, pas d'encaissement : la retenue de garantie, les réserves à lever et les délais de règlement s'appliquent après.
Une partie de ce qui n’arrive pas sur le compte revient quand même
Tout ce qui sépare le brut du net, et tout ce que l’employeur verse par-dessus, va quelque part de précis. Trois blocs se distinguent. Ils n’ont pas le même statut pour le salarié.
Le salaire différé. La vieillesse plafonnée à 6,90 % et déplafonnée à 0,40 %, l’Agirc-Arrco de tranche 1 à 3,15 % et la contribution d’équilibre général à 0,86 % ouvrent des droits nominatifs. L’employeur cotise en parallèle aux deux mêmes régimes, pour le même effet. Les 20,20 % de cotisation congés payés appartiennent aussi à cette famille : elle finance l’indemnité de congé, la prime de vacances, les jours d’ancienneté et de fractionnement, que la caisse verse directement au compagnon. Ce poste de 3,58 € par heure facturée est du salaire, décalé de plusieurs mois et versé par un tiers.
L’assurance collective. La CSG et la CRDS à 9,70 % sur 98,25 % du brut, les allocations familiales, la contribution solidarité autonomie, l’assurance maladie et l’assurance chômage financent des prestations conditionnelles, sans compte individuel. L’accident du travail relève du même principe : la cotisation paie les indemnités journalières, les rentes et les soins des accidentés du bâtiment, y compris ceux d’une autre entreprise.
Le coût de la mise au travail. Les EPI, l’outillage individuel, les recyclages d’habilitation électrique ou d’amiante sous-section 4, le suivi médical renforcé et la cotisation OPPBTP ne reviennent au salarié sous aucune forme monétaire. Ils conditionnent sa présence sur le chantier.
La distinction change la lecture de l’écart brut-net. Sur les 28,81 € que coûte l’heure de main d’œuvre, 16,80 € arrivent sur le compte du compagnon dans le mois et 6,22 € lui ouvrent des droits nominatifs : 2,00 € de retraite de base et complémentaire retenus sur son brut, 3,58 € d’indemnité de congé et de prime de vacances portés par la caisse, 0,64 € de prévoyance. Restent 5,79 €, où se mêlent les cotisations patronales nettes de la réduction générale, l’assurance du risque professionnel et l’équipement du poste.
Un euro d’augmentation en coûte deux, et près d’un cinquième ne finance rien
C’est le point où la discussion salariale bute, et il tient à un mécanisme que le bulletin ne montre pas : la réduction générale dégressive unique, entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026. Son coefficient décroît à mesure que le salaire monte, et il décroît vite : la formule porte un exposant de 1,75. Toute augmentation en fait perdre une partie.
Le paramètre décisif est un SMIC de référence qui n’est pas celui du bulletin de paie. L’arrêté du 22 mai 2026 a porté le SMIC horaire à 12,31 € au 1ᵉʳ juin, mais le décret n° 2026-509 du 12 juin 2026 fige à 12,02 € la valeur retenue au dénominateur de la réduction pour toute l’année 2026. Deux SMIC coexistent donc : celui qui est versé, et celui qui sert à calculer l’allègement.
| Taux horaire brut | Coefficient de réduction | Coût horaire du poste, hors frais généraux | Coût de l’euro suivant |
|---|---|---|---|
| 13,00 € | 32,65 % | 16,64 € | 2,08 € |
| 14,00 € | 26,91 % | 18,73 € | 2,02 € |
| 15,00 € | 22,35 % | 20,75 € | 1,97 € |
| 16,00 € | 18,70 % | 22,72 € | 1,93 € |
| 17,00 € | 15,73 % | 24,64 € | 1,89 € |
| 18,00 € | 13,31 % | 26,53 € | 1,85 € |
| 19,00 € | 11,31 % | 28,38 € | 1,83 € |
| 20,00 € | 9,66 % | 30,20 € | 1,79 € |
| 21,00 € | 8,28 % | 32,00 € |
Le coût horaire de cette colonne ne comprend que le brut et les cotisations, congés payés compris : ni panier, ni EPI, ni frais généraux, ni répartition sur les heures facturables.
Passer un compagnon de 15,00 € à 16,00 € de l’heure ajoute 1 652 € de brut annuel et 3 251 € de dépense. Le détail de ces 3 251 € :
| Destination | Montant |
|---|---|
| Net avant impôt versé au compagnon | 1 308 € |
| Cotisations salariales retenues | 344 € |
| Cotisation congés payés CIBTP | 334 € |
| Cotisations patronales de droit commun | 544 € |
| Accident du travail et OPPBTP | 124 € |
| Réduction générale perdue | 597 € |
| Total | 3 251 € |
Les 597 € de la dernière ligne n’achètent aucun droit, ne financent aucune prestation et n’arrivent nulle part : ce sont des cotisations que l’entreprise ne payait pas et qu’elle paie désormais, parce que le coefficient de réduction est tombé de 22,35 % à 18,70 %. Près d’un cinquième du coût de l’augmentation part là.
L’effet s’atténue à mesure qu’on monte dans la grille : l’euro suivant coûte 2,08 € à 13,00 € de l’heure et 1,79 € à 20,00 €. L’augmentation la plus chère à consentir, en proportion, reste donc celle du bas de la grille, celle des manœuvres et des ouvriers professionnels de niveau I et II, que les minima conventionnels régionaux poussent mécaniquement vers le haut à chaque revalorisation du SMIC.
L’heure supplémentaire ne suit pas la même règle
Le régime social des heures au-delà de 35 explique une bonne part des pratiques du secteur, et il joue dans le sens inverse de l’augmentation.
Une heure supplémentaire à 15,00 € majorée de 25 % donne 18,75 € de brut. Sur cette somme, la réduction de cotisations salariales de 11,31 % prévue à l’article L. 241-17 du code de la sécurité sociale efface 2,12 € des 3,91 € normalement retenus. Il reste 16,96 € nets au compagnon, contre 11,87 € pour une heure ordinaire, et cette rémunération échappe à l’impôt sur le revenu dans une limite annuelle. Une majoration de 25 % du brut se traduit par 43 % de plus sur le compte.
Côté employeur, l’écart est bien moindre. La déduction forfaitaire de cotisations patronales retranche 1,50 € par heure supplémentaire dans les entreprises de moins de vingt salariés et 0,50 € au-delà. La loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 a supprimé le seuil de 250 salariés qui figurait à l’article L. 241-18-1 du code de la sécurité sociale et excluait les grandes entreprises du dispositif : depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, toutes y ont droit. Seconde différence, plus discrète : la valeur du SMIC servant au calcul de la réduction générale est majorée du nombre d’heures supplémentaires effectuées, sans leur majoration. Seule la part de 25 % pèse donc sur le coefficient, là où une augmentation de taux horaire le fait chuter en totalité.
À l’arrivée, la même heure coûte environ 18 % de plus à l’entreprise et rapporte 43 % de plus au compagnon. Aucune augmentation de taux horaire n’offre ce rapport, dans aucune configuration.
Le couvreur coûte cinq points de plus que le plombier sans gagner davantage
Deux compagnons payés le même brut ne coûtent pas la même chose à leur entreprise, et la cause est étrangère à leur salaire comme à leur travail. L’arrêté du 30 décembre 2025 relatif à la tarification des risques d’accidents du travail et de maladies professionnelles fixe les taux collectifs applicables en 2026 aux entreprises de moins de vingt salariés, code risque par code risque.
| Code risque | Activité | Taux net 2026 |
|---|---|---|
| 45.2JD | Couverture, charpente bois, étanchéité | 8,73 % |
| 45.2BE | Gros œuvre, entreprise générale | 7,39 % |
| 45.4LE | Isolation, finitions, aménagements intérieurs | 6,16 % |
| 45.2ED | Construction et entretien de réseaux | 4,73 % |
| 45.2PB | Construction et entretien de chaussées | 4,06 % |
| 45.3AF | Plomberie, génie climatique, électricité | 3,77 % |
Sur 24 780 € de brut annuel, l’écart entre un couvreur et un plombier représente 1 228 €, soit 0,88 € sur chaque heure facturable. Le taux AT/MP est une prime d’assurance dont le montant reflète la sinistralité passée de l’activité, et il pèse sur le prix de revient d’un métier sans rien changer à la fiche de paie de celui qui l’exerce. Ces codes couvrent le BTP entier, travaux publics compris, ce qui explique la présence des chaussées et des réseaux dans la même liste.
La cotisation chômage-intempéries suit la même logique : 0,68 % pour le gros œuvre et les travaux publics, 0,13 % pour le second œuvre, avec un abattement annuel de 96 168 € qui en dispense les plus petites masses salariales. Et le taux de la caisse de congés payés se négocie caisse par caisse, donc région par région : deux compagnons identiques dans deux régions différentes ne portent pas le même coût.
L’intérimaire du même poste coûte plus cher et gagne plus
Le compagnon qui voit arriver un intérimaire sur le chantier observe deux choses simultanément, et elles ne se contredisent pas.
Le 6° de l’article L. 1251-43 du code du travail oblige le contrat de mise à disposition à porter la rémunération que percevrait, après période d’essai, un salarié de qualification équivalente occupant le même poste dans l’entreprise utilisatrice, et l’article L. 1251-18 interdit de payer l’intérimaire en dessous. Le brut horaire est donc identique. S’y ajoutent l’indemnité de fin de mission de l’article L. 1251-32 et l’indemnité compensatrice de congés payés de l’article L. 1251-19, chacune d’au moins 10 % de la rémunération totale brute : à poste et à durée équivalents, l’intérimaire perçoit davantage.
La facture de l’agence, elle, intègre ces deux indemnités, les cotisations, la gestion du contrat et la marge de l’agence. Elle ne porte en revanche ni frais généraux, ni encadrement, ni heures d’intempéries ou de formation, puisque l’agence facture des heures de mise à disposition et rien d’autre. Une comparaison entre le tarif de l’agence et un prix de revient horaire interne met donc en regard deux périmètres différents, et la question du seuil à partir duquel l’embauche revient moins cher ne se règle qu’à coût complet.
Les salaires ont monté de 2,5 % en 2025, les prix ont reculé de 2 %
Le calcul précédent décrit une entreprise à un instant donné. Ce qui pèse sur les discussions salariales de 2026 tient à un mouvement, et la Fédération française du bâtiment l’a chiffré dans son bilan 2025 et ses prévisions 2026, publiés le 19 janvier 2026 : sur l’ensemble de 2025, les prix du bâtiment se sont repliés d’environ 2 % pendant que les coûts progressaient de 1,5 %, sous la seule pression du poste salaires en hausse de 2,5 %, les matériaux restant stables.
Rapporté au cas ci-dessus, le mouvement se lit directement. Une hausse de 2,5 % du brut porte le taux horaire de 15,00 € à 15,38 € et ajoute 0,88 € au coût de chaque heure facturée, réduction générale rognée comprise, quand la baisse de 2 % du prix de vente en retranche 0,98 €. Les deux mouvements consomment ensemble 1,86 € sur les 6,38 € de bénéfice : en une seule année, près d’un tiers de la marge.
Ces chiffres portent sur le bâtiment seul, périmètre de la FFB, et non sur le BTP entier. La fédération attend pour 2026 une activité en hausse de 1,8 % et un emploi en repli de 0,8 %, soit environ dix mille postes en équivalent temps plein. Une reprise d’activité sans reprise d’embauche décrit assez exactement le contexte dans lequel se tiennent les entretiens annuels.
Une heure chiffrée sous son prix de revient ne laisse aucune trace dans la comptabilité du chantier : la facture part, le client règle, et le manque n’apparaît qu’au compte de résultat de fin d’exercice, sous forme d’un bénéfice absent. L’ajustement porte alors sur les heures achetées plutôt que sur le prix de vente, ce que traduit la prévision d’emploi ci-dessus, et les défaillances de la construction se tiennent au bout de la même chaîne.
Le calcul se refait avec les chiffres de l’entreprise
Rien de ce qui précède ne se transporte tel quel d’une entreprise à l’autre. Quatre valeurs suffisent à le refaire. Trois sont accessibles au salarié.
Le montant total versé par l’employeur figure en bas du bulletin, à côté du nombre d’heures payées du mois. Chaque CIBTP régionale publie son taux de cotisation congés payés sur son propre site. Quant au code risque de l’établissement et au taux AT/MP qui s’y attache, ils arrivent en début d’année par la notification de la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail. Reste le nombre d’heures facturables, qui n’appartient qu’à l’entreprise et qui déplace le résultat plus fort que tout le reste : cent heures d’écart sur le dénominateur bougent le prix de revient de 2,84 € de l’heure, frais généraux compris.
Un dernier repère, daté, dit à quel point ces mécanismes échappent aux deux parties. La revalorisation du SMIC du 1ᵉʳ juin 2026 a porté le taux horaire de 12,02 € à 12,31 €, soit 29 centimes de brut supplémentaires. Comme le SMIC de référence de la réduction générale est resté figé à 12,02 €, le coefficient de réduction d’un salarié au SMIC est passé de 39,81 % à 37,50 %. Ces vingt-neuf centimes de brut ont donc coûté soixante-trois centimes de l’heure à l’employeur, 1 047 € sur l’année, pour vingt-trois centimes nets de plus dans la poche du compagnon, 379 € sur l’année. Ni l’un ni l’autre n’a demandé cet arbitrage, et il pèse à chaque entretien annuel.
Sources
- Code du travail, article R3243-1, mentions obligatoires du bulletin de paie (13° et 14°, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024).
- Code du travail, article L1251-18, rémunération du salarié temporaire.
- Arrêté du 22 mai 2026 relatif au relèvement du salaire minimum de croissance (SMIC horaire porté à 12,31 € au 1ᵉʳ juin 2026).
- Décret n° 2026-509 du 12 juin 2026, SMIC de référence de la réduction générale dégressive figé à sa valeur du 1ᵉʳ janvier 2026.
- Arrêté du 30 décembre 2025 relatif à la tarification des risques d'accidents du travail et de maladies professionnelles pour 2026.
- CIBTP Île-de-France, page des taux d'avril 2026 (congés payés, OPPBTP, chômage-intempéries, abattement).
- Urssaf, réduction de cotisations salariales sur les heures supplémentaires, article L. 241-17 du code de la sécurité sociale.
- Fédération française du bâtiment, bilan 2025 et prévisions 2026, publié le 19 janvier 2026 (bâtiment seul).