Convention
Congés payés du BTP : pourquoi c'est une caisse qui paie
L'indemnité de congés du BTP est versée par une caisse, pas par l'employeur. Période de référence ouverte au 1er avril, taux de cotisation qui va de 19,60 % à 21 % selon la caisse, affiliation dès le premier salarié et versement dans les dix jours qui précèdent le départ.
Publié le 14 août 2026 20 min de lecture
Sur un bulletin de paie du bâtiment, les jours de congés apparaissent en déduction du brut et rien ne vient les compenser sur la même ligne. L’argent arrive à part, quelques jours avant le départ, viré par un organisme dont le salarié n’avait souvent jamais entendu parler avant sa première embauche dans le secteur. Ce décalage n’est pas une commodité de gestion. Le code du travail impose ce régime au BTP depuis 1937, et il pèse aussi bien sur le coût du travail pour l’entreprise que sur la trésorerie du compagnon.
Le service des congés est confié par décret à des caisses
L’article L3141-32 du code du travail prévoit que des décrets déterminent « les professions, industries et commerces pour lesquels l’application des dispositions relatives aux congés payés comporte des modalités particulières, telles que la constitution de caisses de congés auxquelles les employeurs intéressés s’affilient obligatoirement ». Le BTP en est le plus gros. Et le seul où un artisan de trois salariés se trouve embarqué dans un régime qu’un employeur du commerce ou des services ne croisera jamais.
« Dans les entreprises exerçant une ou plusieurs activités entrant dans le champ d'application des conventions collectives nationales étendues du bâtiment et des travaux publics, le service des congés est assuré, sur la base de celles-ci, par des caisses constituées à cet effet. »
Le mécanisme tient en trois mouvements. L’entreprise cotise chaque mois sur sa masse salariale brute, elle déclare ses salariés et leurs périodes d’emploi, et c’est la caisse qui calcule l’indemnité, la verse au salarié, précompte la part salariale des cotisations sociales et acquitte elle-même la part patronale correspondante.
L’origine du dispositif tient au métier. Un ouvrier de chantier changeait alors d’employeur plusieurs fois dans l’année, et le droit à congés créé par la loi du 20 juin 1936 se serait perdu à chaque fin de contrat. Le régime professionnel déplace donc le droit du contrat vers la profession : les cotisations de tous les employeurs alimentent une caisse commune, et le salarié conserve ses droits en passant d’une entreprise à l’autre. Les dates sont lisibles sur les caisses elles-mêmes, dont plusieurs portent encore la mention de leur agrément d’origine : la caisse du Grand Est indique en tête de son règlement intérieur avoir été agréée par arrêté ministériel du 6 avril 1937, publié au Journal officiel du 8 avril 1937.
Le réseau Congés Intempéries BTP réunit des caisses à compétence territoriale, une caisse dédiée aux coopératives et une caisse nationale pour les travaux publics, toutes constituées en associations loi 1901 sans but lucratif, agréées et contrôlées par le ministère chargé du travail. PRO BTP en décrit l’architecture et rappelle une distinction que beaucoup de salariés ne font pas : la caisse CIBTP gère les congés, PRO BTP gère la prévoyance. Le même réseau opère le régime de chômage-intempéries et la carte d’identification professionnelle du BTP, ce qui explique que l’entreprise reçoive un seul appel de cotisations pour des dispositifs sans rapport entre eux.
La période de référence s’ouvre le 1er avril, pas le 1er juin
Voilà la divergence qui piège le plus de gestionnaires de paie venus d’un autre secteur, et elle traverse une partie du contenu publié sur la requête. Le droit commun fait courir la période d’acquisition du 1er juin au 31 mai. Dans le BTP, elle va du 1er avril au 31 mars de l’année suivante, et la période de prise s’ouvre le 1er mai pour se refermer le 30 avril suivant. La fiche mémo de la CAPEB sur les congés payés du bâtiment pose les deux dates côte à côte et prend soin de dire qu’elles ne se confondent pas.
Plusieurs pages bien classées sur la requête reprennent la période de droit commun et l'appliquent au bâtiment. Le décalage de deux mois change le calcul : un salarié embauché le 15 avril 2026 entre dans une période de référence qui vient tout juste de s'ouvrir et accumulera près de douze mois de droits d'ici au 31 mars 2027. Lu avec un calendrier au 1er juin, le même dossier ferait apparaître un mois et demi de droits en moins.
Le droit à congés s’ouvre dès le premier jour de travail : rien n’oblige à attendre une année complète pour partir. Chaque mois de travail effectif, ou quatre semaines, ou vingt-quatre jours ouvrables, donne droit à 2,5 jours ouvrables, soit 30 jours ouvrables pour une période de référence entière. Un salarié à temps partiel acquiert exactement le même nombre de jours qu’un temps plein, et ses absences se décomptent en jours ouvrables et non en jours travaillés. Les ETAM et les cadres du bâtiment ajoutent deux ou trois jours en fonction de leur ancienneté dans l’entreprise ou dans la profession.
Le taux de cotisation n’est pas national, et l’écart atteint 1,4 point
C’est le point sur lequel presque tout le contenu disponible se trompe, en avançant « le » taux CIBTP comme s’il en existait un seul. L’article D3141-29 du code du travail dit précisément l’inverse : la cotisation de l’employeur est un pourcentage du montant des salaires payés aux salariés déclarés, et ce pourcentage est fixé par le conseil d’administration de la caisse. Autant de conseils d’administration, autant de décisions, autant de calendriers.
| Caisse | Périmètre | Taux sur le salaire brut | Ce qu’indique la caisse |
|---|---|---|---|
| CIBTP Méditerranée | territorial | 19,60 % | taux en vigueur |
| CIBTP Île-de-France | territorial | 20,20 % | 1er avril 2026, contre 19,70 % auparavant |
| CIBTP Sud-Ouest | territorial | 20,20 % | taux en vigueur |
| CIBTP Rhône-Alpes Auvergne | territorial | 20,30 % | taux en vigueur |
| CIBTP Grand Est | territorial | 20,35 % | à compter du 1er janvier 2026 |
| CIBTP Centre | territorial | 20,70 % | 1er janvier 2026, contre 20,20 % auparavant |
| CIBTP Grand-Ouest | territorial | 20,70 % | taux en vigueur |
| CIBTP Nord-Ouest | territorial | 20,70 % | 1er janvier 2026, contre 19,70 % auparavant |
| CNETP | travaux publics, national | 21,00 % | 1er janvier 2026, contre 20,20 % auparavant |
Ces valeurs sont celles que chaque caisse publie sur son propre site au 6 août 2026. Rien ne se recopie d’une caisse à l’autre. Un taux relevé ailleurs que sur le site de sa caisse n’engage rien.
Le site d’une caisse demande lui-même un peu d’attention. En Île-de-France, la page « cotisations congés payés » affiche encore 19,70 % au 6 août 2026, quand la page des taux datée du 1er avril 2026 qu’elle met en lien porte 20,20 %. La même page web a gardé le salaire horaire de référence des intérimaires à 14,27 €, là où les notes de janvier et d’avril 2026 retiennent 14,91 €, valeur fixée par l’arrêté du 21 décembre 2025. Le tableau en ligne a cessé de suivre. La note datée est celle qu’il faut lire.
L’assiette, elle, est décrite dans les mêmes termes partout : tout ce qui est acquis par le salarié en contrepartie ou à l’occasion du travail, à la seule exclusion de ce qui constitue un remboursement de dépenses. Aucun plafond ne vient l’écrêter. Cette cotisation se distingue en cela de la plupart des lignes du bordereau URSSAF.
Pour une entreprise de six compagnons dont la masse salariale brute annuelle atteint 180 000 €, la cotisation congés représente 35 280 € au taux de la caisse Méditerranée et 37 260 € à celui de la caisse Nord-Ouest. Même effectif, même paie. Et 1 980 € d’écart sur l’exercice, décidés par un conseil d’administration et non par un texte national. Une activité reprise dans une autre région, ou un siège social déplacé, fait changer de caisse et donc de taux.
Cet écart n’est pas un défaut de coordination. Chaque caisse porte les droits acquis de son propre portefeuille et doit couvrir les indemnités qu’elle aura à verser : son taux reflète la structure de ses adhérents, le coût réel des congés qu’elle sert et le niveau de ses réserves.
Les travaux publics ne relèvent ni de la même caisse ni du même taux
La confusion entre « bâtiment » et « BTP » se paie ici en euros. En travaux publics, l’entreprise ne s’affilie pas à la caisse territoriale de son siège mais à la Caisse nationale des entrepreneurs de travaux publics, unique pour toute la France. La CNETP a porté son taux de 20,20 % à 21 % au 1er janvier 2026, hausse applicable dès les salaires de janvier, exigibles le 25 février 2026.
La note de la CNETP sur cette évolution en donne la cause et le chiffrage, ce qui est rare dans ce genre de communication : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 a abrogé les taux réduits « maladie » et « famille » à compter de 2026, pour 92 millions d’euros de charges sociales supplémentaires en année pleine, soit 0,94 point de taux. Le conseil d’administration a arrêté une hausse de 0,80 point, inférieure au besoin technique.
Le mouvement précédent avait une autre origine. La CNETP était passée de 19,75 % à 20,20 % au 1er avril 2024, sous l’effet de la loi d’adaptation au droit de l’Union européenne qui a ouvert l’acquisition de congés pendant les arrêts maladie. Une cotisation congés BTP ne bouge donc pas au gré d’une politique interne : elle enregistre les réformes de paie décidées ailleurs.
Ce qui a fait monter les taux du bâtiment au 1er janvier 2026
La même mécanique a joué sur les caisses territoriales, avec une ampleur variable. La CIBTP Nord-Ouest a relevé son taux d’un point plein, de 19,70 % à 20,70 %. La CIBTP Centre s’est arrêtée à un demi-point, de 20,20 % à 20,70 %, et nomme deux causes : la suppression progressive de la déduction forfaitaire spécifique, qui réduisait l’assiette de cotisations d’une partie des entreprises du bâtiment, et la suppression de réductions de cotisations patronales à compter de 2026. Elle annonce une réévaluation possible au 1er janvier 2027.
Sur les mêmes 180 000 € de masse salariale, la hausse de la caisse Centre coûte 900 € par an à l’entreprise, celle de la caisse Nord-Ouest 1 800 €. Comme la caisse acquitte les charges patronales sur les indemnités qu’elle verse, toute augmentation du coût employeur de ces indemnités remonte mécaniquement dans son taux, sans qu’aucune décision d’entreprise n’y soit pour quelque chose.
L’affiliation d’une entreprise qui démarre
Deux conditions cumulatives déclenchent l’obligation : exercer à titre principal une activité entrant dans le champ des conventions collectives nationales étendues du bâtiment ou des travaux publics, et employer au moins un salarié. Un artisan qui travaille seul n’est pas concerné. Il le devient le jour de sa première embauche. Les stagiaires, les intérimaires mis à disposition et les VRP ne comptent pas dans ce décompte.
On ne choisit pas sa caisse. Les caisses territoriales tiennent leur circonscription du ministère chargé du travail, et c’est le lieu du siège social qui désigne celle dont relève l’entreprise. Les règles et formalités d’affiliation publiées par la CIBTP Île-de-France renvoient sur ce point aux articles D3141-12, D3141-13, D3141-14, D3141-20 et D3141-25 du code du travail, ainsi qu’au décret n° 2009-493 du 29 avril 2009.
La démarche est déclarative dans son principe. L’entreprise prend contact avec sa caisse, reçoit un bulletin d’adhésion, le retourne signé par le dirigeant avec ses pièces justificatives, et reçoit en retour son numéro d’adhérent. Une étape est régulièrement oubliée, et elle bloque tout le reste : le code caisse de congés payés doit être renseigné dans le logiciel de paie, au niveau du contrat de chaque salarié. Sans lui, la DSN part sans jamais atteindre la caisse, les droits ne s’alimentent pas, et le salarié découvre le problème au moment de partir.
L’inertie ne protège pas longtemps. Les caisses recoupent les immatriculations et prennent elles-mêmes contact avec les entreprises du secteur qu’elles repèrent. Leur règlement intérieur y ajoute, sur le fondement de l’article L.114-12 du code de la sécurité sociale, un droit de communication auprès des organismes de sécurité sociale pour apprécier les obligations déclaratives d’un adhérent.
Ce que l’entreprise déclare, et à quelle échéance
Le règlement intérieur type des caisses territoriales, agréé par le ministère le 3 janvier 2023, fixe trois obligations déclaratives distinctes. À l’embauche, l’adhérent transmet l’identité du salarié, sa date de début d’emploi, sa qualification et son collège : ouvrier, ETAM ou cadre. Au départ du salarié, il déclare les éléments qui valorisent ses droits. Et chaque mois, il adresse une déclaration nominative récapitulant les périodes d’emploi et les éléments de calcul des cotisations.
Le paiement est mensuel. Le conseil d’administration de chaque caisse fixe le délai de règlement, dans une fourchette encadrée : au minimum 30 jours et au maximum 45 jours à compter du terme de la période mensuelle. Le paiement se fait exclusivement de façon dématérialisée, au siège de la caisse.
L’entreprise qui ne déclare pas ne gagne rien à attendre. À défaut, la caisse procède à une évaluation provisionnelle : les derniers salaires déclarés majorés de 10 %, ou, faute de déclaration antérieure exploitable, un nombre estimé de salariés déduit de ses contrôles ou des marchés pris par l’entreprise, multiplié par le SMIC et majoré de 30 %. Cette évaluation ne dispense de rien et s’assortit de majorations provisionnelles.
Le CDD d’au moins un an échappe à la cotisation, à une condition de forme
Le point est peu connu. C’est pourtant écrit noir sur blanc. Au titre des congés payés, l’employeur n’est tenu à aucun versement de cotisations sur les salaires payés à un salarié occupé en vertu d’un contrat à durée déterminée conclu par écrit pour une année au moins et ayant acquis date certaine par enregistrement. L’exonération suppose donc une formalité : le contrat ne produit effet à l’égard de la caisse qu’à compter de son enregistrement, et l’adhérent doit lui en adresser un exemplaire original dans la huitaine, faute de quoi il n’en est pas tenu compte.
La sortie du dispositif est tout aussi encadrée. Si le contrat est résilié avant son terme, pour quelque cause que ce soit, et que cette rupture ramène sa durée à moins d’un an, l’employeur doit avertir la caisse dans les huit jours et verser immédiatement, de façon rétroactive, les cotisations correspondant aux salaires perçus depuis le début de la période de référence en cours. Un contrat de quinze mois signé en septembre et rompu en février fait donc entrer d’un coup dans l’assiette tous les salaires versés depuis le 1er avril précédent, cotisation qu’aucune paie n’avait provisionnée.
Le délai qui surprend tous les nouveaux salariés du secteur
Le salarié ne demande rien à la caisse. C’est l’employeur qui déclare les dates, et le calendrier est serré des deux côtés : la demande part au moins 30 jours avant la date de départ, et la caisse verse dans les 10 jours qui précèdent ce départ. Une déclaration expédiée trois semaines avant les vacances sort du délai, et l’indemnité ne suit pas le calendrier prévu.
Le virement arrive donc séparément de la paie, à une date qui ne coïncide avec aucune échéance familière. Depuis le 26 décembre 2022, en application de la loi n° 2021-1774 du 24 décembre 2021, il doit être effectué sur un compte bancaire dont le salarié est titulaire ou cotitulaire, et non plus sur le compte d’un tiers.
Sur le bulletin de paie, l’indemnité de congés ne figure pas. Seule apparaît la déduction du brut correspondant aux jours d’absence. Le salarié qui compare son bulletin de juillet à celui de juin voit son brut baisser sans contrepartie visible, ce qui explique la fréquence de la question chez les nouveaux entrants. La caisse retient au passage la part salariale des cotisations de sécurité sociale et, le cas échéant, le prélèvement à la source.
Quand plusieurs jours sont demandés sans précision, la caisse règle en priorité le congé principal, puis la cinquième semaine. Les jours supplémentaires d’ancienneté ou de fractionnement se demandent et se justifient à part.
Le certificat de congés fait le lien entre deux employeurs
Le certificat rend le régime opérant. Mieux vaut le conserver. L’article D3141-34 du code du travail impose à l’employeur de remettre au salarié, avant son départ en congé ou à la date de rupture de son contrat, un certificat en double exemplaire portant le nombre d’heures de travail accomplies dans l’année de référence, le dernier salaire horaire et les coordonnées de la caisse d’affiliation.
L’indemnité est réglée par la caisse à laquelle était affiliée la dernière entreprise qui a occupé le salarié pendant la période de référence. Un compagnon qui a travaillé pour trois employeurs relevant de trois caisses différentes adresse ses trois certificats à cette dernière caisse, qui paie la totalité. La répartition de la charge entre caisses se règle ensuite entre elles, au prorata des salaires portés sur les certificats, sans que le salarié ait à s’en occuper.
Le mécanisme joue aussi quand le salarié quitte le secteur en cours de période : les droits déjà acquis restent dus par la caisse, et se justifient par les certificats. Passé trois ans, l’action se prescrit, par renvoi à l’article L3245-1 du code du travail.
Les situations qui sortent du régime, ou qui n’y entrent qu’en partie
L’activité principale de l’entreprise décide pour l’ensemble de son personnel. Une société dont l’activité principale relève du bâtiment cotise pour tous ses salariés, y compris le personnel administratif qui ne met jamais le pied sur un chantier. La réciproque vaut : une entreprise dont l’activité principale est étrangère au BTP n’entre pas dans le régime pour le seul motif qu’elle réalise des travaux.
Quatre situations s’écartent de la règle générale.
- Les entreprises mixtes relevant d’une autre branche. Lorsqu’un protocole a été signé entre CIBTP France et une branche, la métallurgie ou la miroiterie par exemple, la cotisation se calcule à un taux sectoriel et non au taux de la caisse. Ce taux sectoriel est le taux de la caisse affecté d’un coefficient exprimant le rapport entre le coût des avantages conventionnels de la convention appliquée dans l’entreprise et celui des congés prévus par les conventions du BTP. Il est rectifié en fin d’exercice au vu du coût réel constaté.
- Les intérimaires. L’entreprise de travail temporaire reste l’employeur du salarié mis à disposition. Elle porte l’obligation, et l’entreprise utilisatrice n’a rien à déclarer à sa caisse, même quand l’intérimaire passe l’année sur ses chantiers.
- Les non-salariés. Le gérant sans contrat de travail, l’artisan et le micro-entrepreneur n’ouvrent aucun droit et ne donnent lieu à aucune cotisation.
- Les salariés détachés dont le régime social d’origine est maintenu. La caisse ne précompte alors aucune part salariale. Elle calcule une participation aux charges patronales, à un taux fixé par CIBTP France, et la verse à l’employeur, à charge pour lui de la reverser au régime de protection sociale de son pays d’établissement, contre engagement de régularisation. Le sujet touche directement les entreprises étrangères intervenant en France.
Quand la cotisation ne suit pas
La majoration de retard court à compter de la date d’exigibilité, sans mise en demeure préalable, par mois de retard et sans limitation dans le temps, sur le montant restant dû. Son taux est fixé par le conseil d’administration de CIBTP France et figure sur le relevé de compte de l’adhérent.
Une porte de sortie existe, automatique. La majoration est remise sans démarche à deux conditions : que l’adhérent n’ait manqué à aucune obligation déclarative ni de paiement dans les douze mois précédents, et qu’il régularise dans les trente jours de la date d’exigibilité. La caisse régularise alors le compte dans le mois et en informe l’entreprise. Au-delà, la remise devient gracieuse, sur demande motivée, et elle est exclue lorsque les majorations sanctionnent du travail dissimulé.
La mauvaise foi se sanctionne à part. Quand la nature, l’importance ou la répétition des omissions dans les déclarations l’établissent, la caisse applique une majoration spécifique sur les cotisations correspondant aux salaires non déclarés ou sous-évalués. Ce taux, fixé par CIBTP France, peut être multiplié par un coefficient propre à la caisse, plafonné à deux. Cette majoration se cumule avec celle de retard et interdit toute remise.
Le contrôle est exercé par des agents de la caisse porteurs d’une carte professionnelle, sur le fondement de l’article L3141-33 du code du travail. Ils interviennent dans les locaux, sur les chantiers et dans les dépendances de l’entreprise, et peuvent examiner les livres et feuilles de paie ainsi que tous registres et pièces comptables que la réglementation oblige à tenir.
La sanction pénale est le point le plus mal mesuré du sujet. L’article R3143-1 du code du travail punit la méconnaissance des articles L3141-1 à L3141-33, donc du défaut d’affiliation comme du défaut de déclaration, de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe, « prononcée autant de fois qu’il y a de salariés concernés par l’infraction ». La contravention de cinquième classe est punie de 1 500 € : sur une entreprise de six salariés, l’addition se compte six fois.
Ce que le salarié conserve quand l’entreprise ne paie plus
La question vient après un dépôt de bilan, et la réponse tient en deux règles qui ne vont pas dans le même sens.
D’un côté, l’employeur affilié n’est pas personnellement redevable des indemnités de congés : la Cour de cassation l’a jugé le 28 mars 2018 (chambre sociale, pourvoi n° 16-25.429), et l’action du salarié se dirige donc vers la caisse, pas vers l’entreprise. Le règlement intérieur va dans le même sens en interdisant à la caisse de refuser le paiement tardif d’une indemnité au salarié d’une entreprise régularisée après la clôture habituelle des congés, sous la seule réserve de la prescription triennale.
De l’autre, les droits se construisent sur ce qui a été déclaré. Une entreprise à jour de ses déclarations mais en retard de paiement laisse les droits ouverts. Une entreprise qui n’a jamais déclaré, ou qui n’a jamais été affiliée, ne laisse aucun historique à la caisse, et la régularisation passe par la production des bulletins de paie et des certificats de congés. Ces documents prennent ici une valeur probatoire qu’ils n’ont pas dans le régime de droit commun, ce qui est une raison suffisante pour que le compagnon les garde.
- Article L3141-32 du code du travail
- Article D3141-12 du code du travail
- Article D3141-29 du code du travail
- Article D3141-34 du code du travail, certificat de congés
- Article R3143-1 du code du travail, sanctions
- Loi n° 2021-1774 du 24 décembre 2021 visant à accélérer l'égalité économique et professionnelle
- Règlement intérieur de la caisse CIBTP Grand Est, conforme au modèle-type agréé le 3 janvier 2023 (PDF)
- CNETP, évolution du taux de la cotisation de congés payés
- CIBTP Nord-Ouest, évolution du taux de cotisation au 1er janvier 2026
- CIBTP Centre, évolution du taux de cotisation congés
- CIBTP Île-de-France, règles et formalités d'affiliation
- CIBTP Île-de-France, taux des cotisations et paramètres, avril 2026 (PDF), mis à jour le 8 avril 2026
- CAPEB, fiche mémo « Congés payés : comment ça se passe dans le bâtiment » (PDF)
- PRO BTP, les caisses de congés payés du BTP